Sambre-Marne-Yser

Août - Novembre 1914

Enchaînement des événements

L’assassinat de François-Ferdinand déclenche la colère dans les milieux officiels autrichiens. Le cabinet décide que l’affront ne peut rester impuni même si l’Etat serbe ne peut être considéré comme responsable. Le texte d’un ultimatum est soigneusement élaboré pour être inacceptable et remis à la Serbie.

La pente fatale


François-Joseph
Collection privée

On pourrait se demander pourquoi près d’un mois s’est écoulé entre l’assassinat de François Ferdinand et la remise de l’ultimatum à la Serbie. Trois raisons peuvent être avancées :

Le jeu des alliances va mettre aux prises les deux clans antagonistes.

23 juillet 1914

L’Autriche- Hongrie envoie au gouvernement serbe un ultimatum comportant un point inacceptable pour un Etat souverain : la participation des autorités autrichiennes à l’enquête judiciaire sur le territoire serbe.


Pachitch, président du conseil des ministres de Serbie

Voici les exigences libellées dans l’ultimatum.

Le gouvernement impérial et royal attend la réponse du gouvernement royal au plus tard jusqu’au samedi 25 de ce mois à cinq heures du soir."

Les diplomates européens sont effrayés par la brutalité de ce texte et malgré cela, la Serbie accepte tous les points sauf le dernier qui constitue une entrave à sa souveraineté. Elle demande qu’il soit soumis à la cour d’arbitrage de La Haye.


Pierre Ie de Serbie
Collection privée

24 juillet 1914

Messimy, ministre de la guerre, convoque Joffre. Il lui fait part d’une note dans laquelle le gouvernement allemand approuve entièrement l’ultimatum remis par les Autrichiens à la Serbie. Cette note marque la volonté nette de l’Allemagne d’appuyer l’Autriche. Le ministre fait part à Joffre des craintes que la France soit entraînée dans une guerre. Joffre répond au ministre « eh bien, Monsieur le Ministre, nous la ferons s’il le faut ». L’absence du gouvernement rend la situation délicate. Le Président de la République, le Président du Conseil et le ministre des affaires étrangères sont en Russie.

L’ambassadeur d’Allemagne, mr de Schoen, donne lecture au ministre intérimaire des affaires étrangères, d’une lettre disant que le débat doit rester localisé entre Vienne et Belgrade et ne pas devenir une question d’alliances ; que s’il en était autrement, on pourrait redouter les conséquences les plus graves (conflit entre la Triple-Entente et la Triple-Alliance).

25 juillet 1914

La Serbie rompt ses relations diplomatiques avec l’Autriche et commence sa mobilisation. Des mesures préparatoires sont prises en Allemagne : rappel des officiers permissionnaires, mise en place de la garde de certains ouvrages d’art, travaux et mouvements de troupes pour la mise en état des places de la frontière. Messimy, ministre français de la guerre, prescrit par télégramme dans la soirée le rappel des officiers généraux et des chefs de corps absents de leur garnison.

26 juillet 1914

L’armée du Monténégro est mobilisée.

Un télégramme lancé par l’état-major français prescrit les mesures suivantes :

Joffre apprend que les officiers allemands en permission en Suisse ont été rappelés et que la garde des ouvrages d’art a été mise en place sur tout le territoire de l’Empire.

27 juillet 1914

28 juillet 1914

L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et au Monténégro. Les 7 C.A. les plus voisins de la Serbie sont mobilisés. Au total, 23 divisions d’infanterie sont prêtes à la guerre.

29 juillet 1914

Pour répondre aux menaces autrichiennes contre la Serbie, la Russie mobilise les 4 arrondissements militaires voisins de la frontière autrichienne (quatorze C.A.). Le comte de Pourtalès, ambassadeur allemand à Saint-Pétersbourg, informe mr Sazonof (ministre russe des affaires étrangères) que la mobilisation russe, même partielle, amènera la mobilisation allemande. Cette démarche est notifiée à Londres et à Paris.

Dans la nuit du 29 au 30, les Serbes font sauter une partie du pont entre Semlin et Belgrade. L’autriche commence le bombardement de Belgrade.

France
Poincarré et Viviani débarquent à 13h30 après leur voyage officiel en Russie. Un Conseil des Ministres est tenu à l’Elysée à 17 h30. Le gouvernement décide d’attendre quelques heures avant de décider la couverture des frontières.


Poincaré
Collection privée

L’ambassadeur de Russie, Isvolsky, vient annoncer à Viviani la décision allemande de mobiliser les forces armées si la Russie ne cesse pas ses préparatifs militaires.

Joffre apprend que les transports de concentration autrichiens commenceront le 30 juillet.

L’armée applique les mesures de protection concernant la garde des ouvrages fortifiés, des établissements militaires et des postes de T.S.F.

Ordre est donné aux corps de couverture commencer les travaux de défense prévus dans les places.

Allemagne
A 17h30 s’ouvre à Potsdam, sous la présidence de l’empereur, le conseil où l’entrée en guerre est décidée. Participent à cette séance le chancelier von Bethmann-Hollweg, le secrétaire d’Etat von Jagow, le ministre de la guerre von Falkenhayn, le ministre de la marine von Tirpitz, le chef d’Etat-Major général von Moltke, le chef d’Etat-Major de la marine von Pohl, le quartier-maître général von Plessen et deux membres du cabinet de l’empereur.

Belgique
Rappel des permissionnaires. L’armée belge est mise sur pied de paix renforcé. Cela implique le rappel de trois classes de milice.

30 juillet 1914

La Russie mobilise. Elle se considère comme garante des peuples slaves des Balkans et a d’ailleurs promis assistance aux Serbes.

Allemands et autrichiens quittent Paris en masse.

Joffre constitue le noyau de son futur quartier général. Il commence à fonctionner à partir du 31 juillet.

Allemagne

Belgique
Le Roi Albert prend effectivement le commandement en chef de l’armée. Le chef d’Etat-Major, le Général de Selliers de Moranville propose au Roi de réunir les 6 divisions belges aux environs de la Gette, soit autour de Landen, soit autour de Tirlemont, en position d’attente.

31 juillet 1914


Dragons gardant un passage à niveau
Collection privée

Allemagne


Guillaume II
Collection privée

Autriche
A la première heure, le gouvernement austro-hongrois décrète la mobilisation générale.

Russie
L’ordre de mobilisation générale est signé par le tsar Nicolas II pour l’ensemble de l’armée et de la flotte.


Nicolas II
Collection privée

Belgique : l’armée mobilise
A 19 heures, la mobilisation est décrétée. Elle commence à minuit et doit se dérouler dans les journées des 1e, 2 et 3 août. Les divisions sont dans leur garnison normale, sauf la D.C. qui est portée à Gembloux, de sorte que l’armée reste prête à faire face avec une égale facilité à l’est ou au sud.

1e août 1914

Angleterre
La flotte britannique est mobilisée.

Belgique
L’ambassadeur de France à Bruxelles informe le Ministre des Affaires Etrangères qu’en cas de conflit, le gouvernement de la République respectera la neutralité belge.

Avec l’approbation du Roi, il est prescrit que les 1e et 5e divisions seront transportées à Tirlemont et à Perwez le 3 août, que les 2e et 6e divisions se rendront à Louvain et à Wavre et que la D.C. se rendra à Waremme. La 3e division est à Liège, la 4e est à Namur pour renforcer les garnisons des places.

Italie

L’ambassadeur d’Allemagne notifie au gouvernement italien l’état de guerre de l’Allemagne avec la Russie. Le marquis de San Guiliano en prend acte et déclare que l’Italie gardera sa neutralité.

Le soir, l’ambassadeur de France à Rome avise son Gouvernement que l’Italie restera neutre, l’attitude de l’Autriche-Hongrie et de l’Allemagne « ne cadrant pas avec le caractère purement défensif de la triple alliance ». Cette déclaration apporte au commandement français un soulagement important : il peut se consacrer exclusivement à la frontière nord-est.

2 août 1914

France
Des reconnaissances allemandes pénètrent en territoire français (Boron, Joncherey, Petit-Croix, Suarce, Col de Sainte-Marie-aux- Mines, Longlaville, Bertrambois). Un soldat français, Jules André Peugeot, est tué d’un coup de pistolet par un officier allemand. C’est la première victime d’une longue série.

Messimy, pour éviter toute apparence d’agression, ordonne sur la frontière belge les mêmes précautions que sur la frontière allemande. Le retrait des troupes par rapport à la frontière est limité à 2 km. La ligne à respecter est Villers-la-Montagne - Haucourt - Herserange, Longlaville - Mont-Saint-Martin - Signy-le-Petit.

Joffre adresse une note au ministre de la guerre afin que l’armée puisse prendre position le long de la frontière. A 14h, le gouvernement rend la liberté de mouvement au commandant en chef mais pour rejeter sur l’Allemagne l’entière responsabilité des hostilités, la couverture se borne à repousser au-delà de la frontière toute troupe assaillante sans pénétrer en territoire adverse.

La violation des frontières du Luxembourg entraîne la nécessité de reporter vers le nord le centre de gravité des forces de l’aile gauche. Joffre envisage d’appliquer la variante du plan XVII : préparer l’entrée en ligne de la IVe armée entre les IIIe et Ve. Le soir, il donne l’ordre d’exécuter cette variante.

Le premier train militaire arrive à 8h30 en gare de Luxembourg. Le baron von Schoen informe le quai d’Orsay que « les mesures militaires prises dans le Grand Duché ne constituent pas un acte d’hostilité ».

Angleterre
Le conseil de Cabinet de Londres décide que si la flotte allemande pénètre dans le Pas-de-Calais ou dans la mer du Nord pour entreprendre des hostilités contre les côtes ou les bateaux français, la flotte anglaise donnera toute la protection en son pouvoir.

Belgique
A 7 heures du soir, l’ambassadeur d’Allemagne à Bruxelles remet au gouvernement belge une note à laquelle celui-ci a douze heures pour répondre.

En voici la teneur :

« Le Gouvernement allemand aurait reçu des informations sûres d’après lesquelles des forces françaises avaient l’intention de marcher sur la Meuse par Givet et Namur.

En vue de prévenir cette attaque présumée menaçant la sécurité du territoire belge, le Gouvernement allemand compte envoyer ses troupes à travers le territoire belge et demande à la Belgique de ne pas s’opposer à leur passage, notamment de ne pas organiser de résistance sur les fortifications de la Meuse, ni de détruire des routes, chemins de fer, tunnels ou autre ouvrages d’art ».

3 août 1914

L’Allemagne déclare la guerre à la France.

17h :
Viviani, président du Conseil, reçoit la visite de l’ambassadeur d’Allemagne, de Schoen, qui lui remet le texte de la déclaration de guerre :


René Viviani

"Les autorités administratives et militaires d’Allemagne ont constaté un certain nombre d’actes d’hostilité caractérisés commis sur le territoire allemand par des aviateurs militaires français. Plusieurs de ces derniers ont manifestement violé la neutralité de la Belgique, survolant le territoire de ce pays. L’un a essayé de détruire des contructions près de Wesel, d’autres ont été aperçus dans la région de l’Eifel, un autre a jeté des bombes sur le chemin de fer près de Karlsruhe et de Nurenberg.

Je suis chargé et j’ai l’honneur de faire connaître à Votre Excellence, qu’en présence de ces agressions, l’Empire allemand se considère en état de guerre avec la France du fait de cette dernière puissance.

J’ai en même temps l’honneur de porter à la connaissance de Votre Excellence que les autorités allemandes retiendront les navires marchands français dans les ports allemands, mais qu’elles les relâcheront si dans les 48 (quarante-huit) heures la réciprocité complète est assurée.

Ma mission diplomatique ayant pris fin, il ne me reste plus qu’à prier Votre Excellence de bien vouloir me munir de mes passeports et de prendre les mesures qu’elle jugerait utiles pour assurer mon retour en Allemagne avec le personnel de l’ambassade, ainsi qu’avec le personnel de la légation de Bavière et du consulat général d’Allemagne à Paris.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération."

Signé de Schoen


de Schoen, ambassadeur d’Allemagne à Paris

En Allemagne
Les trains sont amenés dans les gares préalablement déterminées et y sont déchargés. Les wagons fermés sont équipés en vue du transport des hommes et des chevaux. Malgré les difficultés, le service des trains de voyageurs est maintenu dans son entièreté les 2 et 3 août.

Le transport de mobilisation débute :
20.800 transports = 90.000 wagons = 1.800 trains.
Les six brigades chargées du coup de main sur Liège se rendent dans la région d’Aix-la-Chapelle, Eupen et Malmédy.

Sept brigades mixtes et l’ensemble des D.C. sont transportées, ce qui représente 1.440 transports, dans 340 trains spéciaux.

Grande Bretagne